L'ACTUALITÉ DE LA VILLE DE NÎMES

L'ACTUALITÉ DE LA VILLE DE NÎMES

Avec la pièce Tragédie, créée au festival d’Avignon en 2012, Olivier Dubois a marqué de son empreinte la danse contemporaine. Le chorégraphe rejoue son spectacle culte au théâtre de Nîmes jeudi 14 décembre. Interview avec l’artiste qui participera aussi l’an prochain à la Contemporaine de Nîmes.

A 51 ans, Olivier Dubois figure aujourd’hui parmi les chorégraphes les plus demandés. Connu pour son exubérance et sa liberté, celui qui a dansé pour Angelin Preljocaj, le Cirque du Soleil, Jan Fabre, Dominique Boivin ou Sasha Waltz revient au théâtre de Nîmes avec Tragédie, new edit le jeudi 14 décembre. Il s’agit d’une nouvelle interprétation de sa pièce culte Tragédie. Entretien.

Vivre Nîmes : Plus de 10 ans après la création de votre chorégraphie pour 18 interprètes, Tragédie, vous réécrivez cette pièce dans un nouveau format baptisé Tragédie, new edit. Pourquoi cette envie de repenser votre spectacle ?

Olivier Dubois : Cette pièce, c’était un peu mon blockbuster. Elle a tourné partout dans le monde. Et, il faut bien l’avouer, j’en avais marre qu’on me renvoie toujours à elle. Après l’avoir énormément jouée, je l’ai donc arrêtée. Puis, des années plus tard, théâtres et danseurs me la réclamaient. Je me suis dit que c’était le moment de la retravailler en y intégrant les nouveaux paramètres sociaux de notre monde actuel. Je ne voulais évidemment pas faire la même chose.

Qu’est-ce qui diffère alors de la première version ?

C’est une pièce intemporelle car elle parle de l’Humanité et de notre humanité. Mais j’ai tout d’abord changé une partie des danseurs. Un tiers sont les mêmes que la première version, deux tiers sont des nouveaux interprètes. Il y a eu 1 700 candidats pour participer à cette nouvelle pièce !

Forcément les nouveaux danseurs représentent la diversité de notre monde actuel. La question du genre, par exemple, est beaucoup plus abordée. Finalement, je trouve que cette nouvelle version est plus délicate, sensible que la version originale qui était très en force. Cette nouvelle Tragédie est plus juste avec davantage de relief.

18 interprètes nus s’emparent de la scène du théâtre de Nîmes avec la pièce Tragédie, new edit d’Olivier Dubois ce jeudi 14 décembre.
© François Stemmer

Bio express

Sur scène, les 18 interprètes sont nus. Que représente cette nudité pour vous ?

Déjà ce n’était en aucun cas par désir de provoquer comme ce qu’on a pu dire ou écrire à l’époque. Le vêtement est un repère social et géographique, la nudité, elle, débarrasse tout individu de critères genrés. L’individu devient un bout de l’Humanité. J’imagine en fait que chacun de nous porte une partie de la « carte aux trésors » de la grande question de l’existence. Je suis donc parti de l’idée simple que si tous les individus de cette terre se mettaient nus, on aurait la réponse aux grandes questions existentielles…    

« C’est une pièce intemporelle car elle parle de l’Humanité et de notre humanité »

Une de vos spécialités c’est aussi de faire danser des amateurs de tout âge, de tous horizons et de toute condition physique. Cet été, 120 personnes entre 16 et 99 ans ont même participé à recréer une version collective de Tragédie à Paris. Et on a vu aussi des amateurs dans la pièce Les Mémoires d’un seigneur présentée à Nîmes l’an dernier. Pourquoi inviter des amateurs dans votre danse ?  

Je tiens à préciser que pour les amateurs qui ont rejoué Tragédie, ils étaient habillés ! (Rires). Pour revenir à votre question, je dois avouer qu’au début je n’étais pas très ouvert sur l’idée de faire danser des non-professionnels. Pour moi, danser devait rimer avec excellence.

Mais une expérience comme artiste en résidence m’a fait totalement changer d’avis. J’ai vu des amateurs impliqués, travailler dur, donner de leur temps, de leur personne. Cela été une grande leçon, une grande claque pour moi. Travailler avec des amateurs, c’est aussi créer un lien, briser un certain isolement. C’est finalement créer une communauté. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé à Nîmes avec Les Mémoires d’un seigneur.

Est-ce aussi un moyen de dire que la danse est faite pour tous ? Vous-même vous n’êtes pas passé par le conservatoire, vous avez eu envie de devenir danseur professionnel assez tardivement à 23 ans, vous êtes presque autodidacte…

Si tout le monde peut danser, tout le monde ne peut pas devenir danseur. Moi j’aimerais être boulanger mais j’ai deux mains gauches… Il faut des prédispositions. Pour être danseur, c’est pareil, il faut évidemment avoir du talent mais aussi l’envie, la passion, un désir fou et travailler dur, très dur. Mais attention, ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas être traversé par l’art. Donc oui, tout le monde peut danser mais pas en faire son métier.

Présentée en mai 2022 au théâtre Nîmes, la pièce d’Olivier Dubois « Les mémoires d’un seigneur » avait fait danser sur scène une quarantaine d’amateurs. © François Stemmer

« On va faire la fête dans les arènes, un lieu magnifique »

L’an prochain vous participerez aussi à la « Contemporaine de Nîmes« , nouvelle manifestation dédiée à l’art contemporain, avec une « boum » dans les arènes rassemblant justement 200 danseurs amateurs. Pourquoi avoir accepté ce projet ?

Je ne suis plus artiste associé avec le Théâtre de Nîmes mais je reste attaché à votre ville. C’est un moyen de poursuivre l’aventure. On va faire la fête dans les arènes, lieu magnifique où j’aurais aimé jouer Tragédie mais le projet n’a pas pu se faire.

A quoi va ressembler votre boum ?

Je travaille sur quelques idées en ce moment. On va avoir prochainement une réunion à ce sujet. Je peux dire que ce sera festif. Et j’imagine que les organisateurs de la Contemporaine vont bientôt indiquer les modalités pour pouvoir s’inscrire comme bénévole. Mais je peux vous dire que chez moi, comme d’habitude, il n’y aura pas de casting, tout le monde est le bienvenu. L’envie suffit.  

Propos recueillis par Julien Ségura

EN SAVOIR PLUS
Tragédie, new edit le jeudi 14 décembre à 20h au théâtre de Nîmes. Réservations sur le site theatredenimes.com
Billetterie du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 18h, 1 place de la Calade. Tél. 04 66 36 65 10

Share This