L'ACTUALITÉ DE LA VILLE DE NÎMES

L'ACTUALITÉ DE LA VILLE DE NÎMES

L’auteur-compositeur-interprète se produit à Nîmes le vendredi 15 décembre, au théâtre Christian-Liger. Interview.

C’est l’une des têtes d’affiche de la saison au théâtre Christian-Liger. Florent Marchet est à Nîmes le vendredi 15 décembre pour le dernier concert de sa tournée Garden party débutée il y a un an et demi, dans le sillage de la sortie d’un album éponyme unanimement salué par la critique. Il répond à Vivre Nîmes.

Vivre Nîmes : comment est né cet album Garden Party ?

Florent Marchet : Son origine remonte au confinement. Je venais d’avoir un chien et je faisais beaucoup de tours de pâté de maisons avec lui… J’ai commencé à regarder mon environnement un peu différemment : quand on va la vitesse du chien, qui s’arrête beaucoup, on regarde les choses autrement. Les choses sont nées comme ça, à partir d’histoires que j’ai vécues ou qu’on m’a racontées. J’invente rarement, je vole beaucoup autour de moi…

Le fait de passer plus de temps en famille avec mes deux jeunes enfants, le confinement aidant, je me suis aussi questionné beaucoup plus sur la famille, sur la notion d’héritage. On parle souvent de l’héritage matériel mais l’héritage principal, c’est l’histoire, les traumatismes de nos parents mais aussi de nos ancêtres.

Cet album Garden Party est une plongée un peu sociologique dans la vie de beaucoup de Français : la vie de famille, la vie pavillonnaire, dans les quartiers résidentiels. Ça a guidé l’album.

En quoi cette « vie pavillonnaire » peut-elle inspirer l’écriture de chansons ?

Ce qui m’intéressait, c’était de travailler à la fois sur l’intime et sur le fait que les gens dans les quartiers ne se réunissent plus, chacun rêve d’avoir sa maison, d’être isolé, comme si on avait peur de l’autre et qu’on souhaitait se protéger.

Notre société cache beaucoup de choses. On est sans cesse en représentation, les pavillons résidentiels en sont le symbole : en montrant un jardin impeccable, tout propre bien peigné, une façon de se présenter au monde qui n’est pas forcément la réalité de l’intimité. Ce que j’aime, c’est l’envers du décor, montrer que ça existe.

Ce qui m’avait frappé aussi à l’époque, c’est que j’écoutais la radio et qu’on annonçait des chiffres vertigineux des violences conjugales. Je me suis dit que forcément, ça doit exister aussi dans mon propre quartier résidentiel, qui a l’air bien sage, ces violences sourdes. Des chansons sont nées comme ça.

Garden party est votre sixième album studio, ce qui commence à constituer une jolie discographie… C’est pour cela que vous avez jugé qu’il était temps de proposer une rétrospective (son album Maisons Alfort, dans lequel il revisite 17 de ses morceaux, vient de sortir) ?

J’ai fait une tournée piano-voix et les gens venaient me voir après les concerts en me disant « on redécouvre telle chanson », « avant on écoutait beaucoup moins le texte ». On m’a beaucoup demandé s’il existait des enregistrements de ces concerts…

Pas mal d’amis autour de moi ont motivé cela, m’ont dit que je devais profiter de cette tournée pour enregistrer mes chansons piano-voix, leur donner un côté quasi intemporel.

« Les chansons marquent une époque, un moment »

Les chansons, elles marquent une époque, un moment, parce qu’on a utilisé tel clavier, tel ou tel type de son. Cette rétrospective leur donne un nouvel éclairage, elles apparaissent telles qu’elles sont composées à l’origine, avant que je mette la casquette d’arrangeur pour leur donner la couleur d’un album. C’était aussi l’occasion, effectivement, de passer à autre chose. D’autant que j’ai aujourd’hui aussi envie d’aller vers des choses minimalistes, plus sensibles, plus épurées.

Pourquoi cette évolution ?

Ces dernières années, j’ai compris que j’étais finalement plus un raconteur qu’un chanteur et que ce que j’aimais avant tout c’était de raconter des histoires, que ce soit à travers un livre ou des chansons. Et quand je monte sur scène, ce n’est pas parce que je me sens chanteur, loin de là.

Photo de Florent Marchet auteur compositeur interprète
Florent Marchet : « J’aime dire des histoires. » © Photo Marina Bourdais

D’ailleurs je n’éprouve pas forcément la nécessité de chanter. Je chante quand j’ai quelque chose à dire. Mais chanter pour chanter, je ne l’ai jamais vraiment fait. J’ai plein d’amis qui ne sont ni musiciens ni chanteurs et qui chantent beaucoup plus souvent que moi…

J’aime dire des histoires et j’aime comprendre le monde à travers elles. C’est une façon aussi d’aller vers l’autre.

Aller vers l’autre, c’est ce vous faites avec les concerts. Avec toujours un sens certain du spectacle… Que verra le public nîmois le 15 décembre au théâtre Christian-Liger ?

Cette tournée Garden Party a été pensée justement en y intégrant une dimension de spectacle. Avec le musicien Raphaël Thyss, on est réellement plongé dans le décor d’un pavillon de banlieue, avec de la pelouse synthétique, le linge étendu, le barbecue…

J’ai aussi pensé ce spectacle en soufflant le chaud et le froid puisqu’entre des chansons mélancoliques il y a des sortes de mini sketches qui viennent contrebalancer. C’est très rythmé et très mis en scène, il y a finalement très peu de place laissée à l’improvisation si ce n’est une partie différente à chaque date, parce que je personnifie certains sketches en fonction de l’endroit où je me trouve.

Bio express

Florent Marchet, 48 ans, est un touche-à-tout. A la fois auteur, compositeur et interprète, il est aussi romancier et composteur de musiques de films ou pour le théâtre. Il a réalisé six albums solo (dont Garden party, en 2022) et une rétrospective piano-voix (avec Maisons Alfort, sorti en octobre 2023) et deux albums avec son groupe Frère animal.

C’est-à-dire ?

Sans trop dévoiler, je m’attribue le rôle un peu naïf de celui qui cherche une maison dans la ville où il vient jouer et qui est donc allé regarder les avis sur les sites de notation. Ça me prend à chaque fois beaucoup de temps, je lis tous les forums et je vais chercher des phrases qui, finalement, ne sont pas écrites par moi, mais souvent par des « haters », et c’est souvent très drôle. Je vais chercher ce qu’il y a de plus horrible. Ça fait réagir les gens…

Vous étiez déjà venu en décembre dernier à Paloma. Et Nîmes ne vous est pas totalement inconnue…

C’est vrai, j’aime beaucoup Nîmes et j’y ai pas mal d’amis. Je vais souvent au Cailar, où mon amie Sophie Calle m’a présenté tous les amis de son village, que je revois avec plaisir quand je joue dans la région, et ce n’est d’ailleurs pas impossible que je reste une journée de plus dans la région pour fêter cette fin de tournée au Cailar…

Une tournée qui prend fin, ici, à Nîmes, après près d’un an et demi de concerts. Comment aborde-t-on la dernière date ?

C’est un mélange à la fois de tristesse et d’envie de nouvelles aventures, des sentiments très différents. J’ai quasiment terminé mon prochain roman, j’ai des idées de chansons pour le prochain album. Mais je manque de temps. Je vais enfin pouvoir finaliser tout ça !

Mais en même temps, ne plus être sur la route, avec une équipe que j’adore, et me dire qu’on ne jouera plus ce spectacle, avec ce décor, c’est un peu triste. Il faut avoir des projets pour arrêter une tournée. On vit des choses tellement intenses, des relations très fortes avec le public… Quand ça s’arrête, c’est un peu violent, je connais plein de musiciens et de chanteurs qui connaissent une période de dépression après une tournée. C’est pour cela qu’il faut savoir s’arrêter au moment où on prend encore beaucoup de plaisir, ne pas attendre de s’en lasser. C’est le cas. Et je suis ravi de terminer cette tournée à Nîmes.

Propos recueillis par Mathieu Lagouanère

EN SAVOIR PLUS
Avec Florent Marchet (piano, voix) et Raphaël Thyss (trompette, claviers). Durée : 1h30. Tout public, tarifs : 4€ et 10€.
Billetterie en ligne en cliquant ici.

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