L'ACTUALITÉ DE LA VILLE DE NÎMES

L'ACTUALITÉ DE LA VILLE DE NÎMES

ACCUEIL > DÉCOUVERTE > Louis-Nathaniel Rossel en 5 dates

Louis-Nathaniel Rossel
en 5 dates

Quel rapport y a-t-il entre Nîmes et la Commune, soulèvement de Paris dont on célèbre cette année le 150e anniversaire ? Réponse : Louis-Nathaniel Rossel, héros atypique et controversé du mouvement, qui repose au cimetière protestant de Nîmes.

La bibliothèque Carré d’Art a fait paraître un ouvrage relatif aux écrits et à la vie de Louis-Nathaniel Rossel disponible à la librairie de Carré d’Art. À voir également : l’exposition « Les 150 ans de la Commune » jusqu’au 30 novembre à la bibliothèque Marc Bernard.

La médiathèque Carré d’Art consacre jusqu’au 31 décembre une exposition inédite à ce personnage de la Commune, originaire de Nîmes, alors que de nombreuses publications mettent en lumière en cette année de commémoration son rôle particulier dans ce bref épisode historique, étape clé de la construction parfois douloureuse de notre démocratie. Ce jeune homme cultivé issu de la bourgeoisie républicaine et protestante débute une brillante carrière militaire avant de prendre des positions courageuses et patriotiques lors de la guerre de 1870 contre la Prusse. En désaccord avec le gouvernement Thiers, il s’engage dans la Commune en 1871 plus par esprit républicain que par idéal socialiste. Voici son parcours en cinq dates :

 9 septembre 1844 : il naît dans les Côtes-d’Armor, lieu d’affectation de son père militaire Louis Rossel. Celui-ci en revanche a vu le jour à Nîmes car il est issu d’une longue lignée cévenole et protestante, originaire de Saint-Jean-du-Gard. Une famille marquée, par la persécution de la monarchie catholique qui dura un siècle. Cet héritage façonne son sens de la révolte et de la libre conscience face à l’autorité, et sa méfiance face au conservatisme de la société du XIXe siècle.

 26 octobre 1862 : à 18 ans, après un cursus au prestigieux premier bataillon du Prytanée impérial militaire, il intègre Polytechnique pour embrasser une carrière militaire. Il s’y montre rigoureux et brillant. Dès le plus jeune âge, il excelle dans différents domaines : mathématiques, français mais aussi dessin. Ce cursus n’est en revanche pas le fruit d’un choix personnel et Louis-Nathaniel Rossel, qui s’ennuie éperdument une fois affecté à Bourges à des tâches administratives, espère partir aux États-Unis comme ingénieur pour les ponts et chaussées.

 1er août 1870 : dès la proclamation de la guerre à la Prusse, il demande son affectation sur la ligne de front et est muté au premier régiment du génie de Metz. Il assiste scandalisé à la capitulation de Metz, qu’il vit comme un abandon et une volonté de saboter le progrès social et républicain au profit d’un retour conservateur et monarchique. Il fuit en Belgique où il publie deux articles accusateurs dans L’Indépendance belge, se met au service du Gouvernement de Défense nationale jusqu’à l’armistice et l’arrivée au pouvoir de Thiers et des conservateurs monarchistes.

 19 mars 1971 : bien que nommé colonel, il démissionne et rejoint la Commune qui enflamme depuis la veille la capitale. Adolphe Thiers déplace son nouveau Gouvernement à Versailles avec l’armée régulière, interdit la plupart des journaux contestataires et réprime durement la Commune. Pour Louis-Nathaniel, c’est un nouvel abandon du peuple et de la patrie. Seul officier supérieur de l’armée française à se rallier à la Commune, il y joue un rôle important : chef de la 17e légion, puis chef d’État-major et enfin délégué à la Guerre le 30 avril. Cependant, les moyens lui manquent. Sur les 200 000 hommes officiellement à la Garde nationale, seule une partie se bat. Après la prise du fort d’Issy par l’armée de Versailles le 8 mai, Rossel fait placarder le lendemain sur les murs de Paris une affiche déclarant la perte du fort. Une initiative solitaire qui prête à interprétation. Certains membres du Comité de salut public veulent ouvertement sa mort. Il adresse sa démission à la Commune et s’enfuit avant de se faire capturer par le camp versaillais.

 28 novembre 1871 : il est fusillé à Satory, près de Versailles, à l’âge de 27 ans, après plusieurs mois de détention et deux procès. Le Gouvernement veut marquer les esprits en frappant fort. Sa famille, des étudiants parisiens, des notables de Nîmes, de Metz, de Montauban, des responsables protestants, Victor Hugo, le colonel Pierre Denfert-Rochereau et de nombreux intellectuels l’ont soutenu, en vain. Adolphe Thiers finit par proposer à Louis Rossel de partir en exil à vie. Celui-ci refuse, préférant la mort au déshonneur. Il est inhumé, discrètement et de nuit par crainte de troubles, au cimetière protestant de Nîmes. De vives manifestations en sa faveur éclatent le lendemain : le cimetière est fermé et gardé.

Depuis 2015, l’antenne nîmoise des Amis de la Commune se réunit chaque année le 28 novembre au cimetière protestant de Nîmes en mémoire de Louis-Nathaniel Rossel.

« Je demande instamment à ceux qui ont l’honneur de défendre la liberté, qu’ils ne vengent pas leurs victimes. Ce serait indigne de la liberté et de nous qui sommes morts pour elle. »

Louis-Nathaniel Rossel

_________

Pierre E. Richard,

achercheur, historien et collectionneur.

______________________________________________

Cette exposition réunit de nombreux documents de votre collection, comment l’avez-vous constituée ?

Il y a longtemps que Louis-Nathaniel Rossel m’intéresse : son destin est hors du commun. Il y a deux ans, j’ai appris que les documents confiés par la famille aux Archives nationales sous forme de don révocable étaient redevenues accessibles. J’ai acheté environ 1 000 pages de manuscrit, 250 lettres, des photos… Le reste des archives est en grande partie à Carré d’Art. La famille, qui cultivait une sorte de dévotion à son égard, a tout gardé, jusqu’à ses lettres d’enfant et ses derniers cheveux.

Que faut-il retenir de Louis-Nathaniel Rossel ?

C’est un personnage très atypique, brillant dans tout ce qu’il a entrepris, très indépendant. Il s’est bercé d’illusions et a été largement incompris. J’aime ce mélange d’idéalisme et de regard très critique à l’égard de ses contemporains qui transparaît dans ses écrits.

Barricade de l’entrée de la rue Saint-Antoine, place de la Bastille – 1871, Anonyme. Musée Carnavalet.

Share This