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Les cimetières de Nîmes

À l’occasion de la Toussaint, l’Office de Tourisme propose de redécouvrir les curiosités parfois singulières de nos cimetières. De la préhistoire à nos jours, les pratiques funéraires des Nîmois reflètent l’histoire de la cohabitation des vivants avec les défunts et leur place dans la ville selon les époques.

La dame dite de Caissargues est la défunte la plus ancienne identifiée de l’histoire de Nîmes : enterrée il y a 5 000 ans à même le sol avec un collier de coquillages et des pendeloques en dents d’animaux, elle n’avait semble-t-il que 25 ans. 25 sépultures dont celles de cinq enfants ont été retrouvées à proximité lors des travaux d’extension de l’autoroute A55 en 1986, au lieu-dit Moulin Villard : un petit espace muséal lui est consacré sur la station d’autoroute de Caissargues. À l’époque de la colonie romaine de Nemausus, les nécropoles et sites funéraires se situent à l’extérieur de la ville, à proximité immédiate des remparts, et au bord des axes de transit dont la Via Domitia. Le développement de la cité a pour conséquence que des dépouilles anciennes reposent parfois encore dans le sous-sol urbain. Le Musée de la Romanité, qui a dédié l’une de ses salles à ce thème, regorge de stèles et d’objets régulièrement collectés dans le sol nîmois. Comme la stèle de Licinia et Sextus Adgennius Macrinus, couple de Nîmois de haut rang (elle prêtresse, lui tribun, magistrat et pontife) aux coiffures et vêtements typiquement romains du premier siècle de notre ère.

Cimetière Saint-Baudile, détail.

Festins funéraires

Au Moyen Âge, l’on tend à enterrer ses morts à l’intérieur de la ville, près des églises, des saintes reliques et lieux de culte, ad sancto, comme si cette proximité offrait un gage supplémentaire de salut. Cette prédisposition est observée aux abords du prieuré de l’abbaye de Saint Baudile, située vers le IVe siècle au niveau de l’actuelle rue de la Biche, au pied du Mont Duplan. L’archéologue Felix Mazauric y a trouvé l’une des plus remarquables nécropoles chrétiennes du sud de la France. Deux cimetières y étaient superposés : le plus ancien formé de tombes du IVe siècle, bâties en briques ou en petits moëllons et couvertes de dalles, où l’on a trouvé des bronzes des empereurs Valentinien et Gratien. Les tombes de la deuxième couche dataient du IXe au XIIe siècle. On y a relevé des traces de festins funéraires : le jour des funérailles, ou à sa date anniversaire, toute la famille se réunissait pour manger et faire des offrandes au défunt. En 2015, un chantier de fouilles dans le quartier des Amoureux a exhumé les traces d’une ancienne nécropole du VIe siècle attribuée à une autre église primitive dédiée à sainte Perpétue.

Statue de l’immortalité réalisée par James Pradier (cimetière protestant).

Distinction des minorités au Moyen Âge

Étroitement liés au culte religieux et au saint sacrement, les cimetières médiévaux excluent de leur enceinte les minorités comme l’atteste l’ancien nom du Mont Duplan dénommé au XIIIe siècle Mont des Juifs. Ces derniers y étaient enterrés à l’écart des cimetières chrétiens. Au temps de la Réforme, qui multiplie les adeptes à Nîmes, les portes de la Couronne, de la Bouquerie et de la Madeleine accueillent des cimetières protestants fermés aux catholiques. La révocation de l’Édit de Nantes les chasse de ces cimetières et durant plusieurs décennies, les protestants se voient refuser le droit d’enterrer leurs morts. Nombre d’entre eux sont donc inhumés dans les caves ou les jardins particuliers. Jusqu’au XVIIIe siècle, il est possible de faire des procès aux défunts protestants et de confisquer leurs biens.

Le plus grand cimetière privé d’Europe

Ces faits permettent de comprendre l’existence à Nîmes du cimetière protestant, l’un des plus grands cimetières privés d’Europe et le plus ancien cimetière géré par l’Église Protestante Unie. Alors que le mouvement hygiéniste en 1776 préconise le transfert des cimetières à l’extérieur des agglomérations, l’Église du Désert en profite pour acquérir une parcelle pour l’enterrement des populations de confession protestante, par l’intermédiaire du jardinier Maruejols. Après la séparation de l’Église et de l’État, le cimetière protestant, tout comme le cimetière juif, demeure un bien privé après recours de la Ville en conseil d’État. Ses cinq hectares constituent aujourd’hui un lieu d’histoire, de paysage et d’architecture singuliers, où l’on ne retrouve pas l’ordonnancement régulier classique des cimetières mais une profusion végétale de couleurs et de variétés diverses, tel un sous-bois. Certains mausolées sont remarquables, comme la statue de l’Immortalité (tombeau Armand Amenlier) réalisée par James Pradier, à qui l’on doit une célèbre fontaine, la pyramide de Boileau de Castelnau (ancien maire) ou la stèle figurative de Jules Salles. Nombre de Nîmois célèbres y sont enterrés, de la manadière Fanfonne Guillerme à l’écrivain Charles Gide, la romancière Élisabeth Barbier, les poètes Antoine Bigot et Francis Ponge, le communard Louis Rossel ou le pénaliste Henri Donnedieu de Vabres. Au bord du cadereau se trouve le bâtiment où se rassemblait secrètement l’assemblée du Désert.

Chantal May,

adjointe au maire déléguée à la végétalisation, aux Parcs et jardins et jardins partagés.

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La Ville a supprimé cette année le désherbage chimique dans les cimetières, pour quelle raison ?

Notre objectif est de parvenir au 100% zéro produit phytosanitaire à brève échéance sur toute la commune. La suppression de cet usage dans les cimetières est un véritable pas en avant dans notre démarche. Elle a été encouragée par le confinement, durant lequel la végétation de ces lieux a pris de la vigueur en l’absence de notre intervention, et l’on a pu observer l’apparition d’une biodiversité bénéfique.

Que peut-on dire aux familles parfois réfractaires à cette présence végétale ?

Nous recevons des plaintes à ce sujet. Maintenons un entretien actif des cimetières avec le fauchage tardif, la tonte des grandes superficies ou le désherbage manuel, l’ajout de gravier, de paillis et la plantation de plantes grasses. Seuls les terrains de sport nîmois reçoivent ponctuellement des traitements curatifs face à l’implantation de certains champignons.

5

cimetières municipaux.

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2

cimetières privés.

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Le charme désuet du cimetière Saint-Baudile

D’origine catholique, aujourd’hui géré par la Ville, il se dénomme ainsi après un «transfert» de l’ancien cimetière des frères prêcheurs situés autrefois aux Carmes (sous l’actuelle Université des sciences) où l’on enterra la population durant plus d’un millénaire. Sa statuaire légèrement désuète, avec de nombreuses pleureuses, le caractérise. Y reposent de nombreuses personnalités nîmoises comme le torero Nimeno 2, la pianiste Margueritte Long ou le célèbre fabricant de tapis Bertrand Boulla.

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