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Quand les herbes
arrivent en ville

Quand les herbes
arrivent en ville

La Ville de Nîmes n’utilise plus aucun herbicide chimique depuis trois ans. Comment gérer la nature spontanée qui fait irruption dans nos rues, source de biodiversité et de fraicheur, dans un esprit d’équilibre ? Tel est l’enjeu des années à venir.

photographie, tourisme, Nimes

Programme « sauvages de ma rue ». 366 espèces sauvages ont déjà été recensées dans les rues de Nîmes sur 1512 observées.

Les réguler et … les accepter

Les désherbages manuels, mécaniques et à l’eau chaude sont aujourd’hui la règle, mais nécessitent beaucoup plus de travail. Dans une optique de pratiques horticoles responsables, économes en eau et sans herbicides chimiques, nos espaces verts ont évolué à Nîmes. Les rond-points engazonnés font place petit à petit aux aménagements paysagers très végétalisés avec un paillage organique ou minéral qui peut être aussi décoratif. « Ces choix nous permettent de réduire les consommations d’eau très élevées pour des pelouses en choisissant des espèces vivaces méditerranéennes adaptées à notre climat » explique Stéphane Mauny, directeur de la Direction du Cadre de Vie. Malgré ces efforts, la nature revient parfois en force, altérant l’aspect esthétique de l’aménagement initial. « L’herbe repousse au bout de 3, 4 ans, malgré les barrières géotextiles que nous avons posées. Forts de ce constat, il est nécessaire de faire évoluer nos aménagements en privilégiant l’utilisation de couvre-sols végétaux. Nous devons être innovants dans nos futurs projets pour favoriser la biodiversité et rendre durables nos requalifications d’espaces verts. ». Même chose en ville, les points de verdure font leur apparition dans les moindres interstices de bitume aux premiers beaux jours, scandalisant parfois le public encore peu habitué. Pour favoriser la biodiversité, l’idéal serait de respecter le cycle complet de la plante. Sèche l’été, en zone de garrigue, il est cependant impératif de limiter les risques incendie. 

Les plantations en milieu urbain relèvent encore d’une vision hygiéniste héritée des siècles précédents, avec des jardins propres et entretenus, même quand ils sont à l’anglaise. La nature brute en ville nécessite un vrai changement de mentalité pour être tolérée.

Les inventorier et les protéger

Programme de science citoyenne initié par le Muséum d’histoire naturelle de Paris et Tela-botanica, portail botanique francophone, « Sauvages de ma rue » vise à observer, recenser et étudier la flore spontanée des villes afin de mieux comprendre leur rôle dans la cité. Des herbes folles riches et variées sont l’assurance d’une faune tout aussi complexe. À l’inverse, un milieu végétal qui s’appauvrit, c’est un habitat qui décline et la disparition programmée d’un carnaval d’insectes, d’oiseaux et de petits animaux. Depuis plusieurs années, des visites sont organisées par le Muséum d’histoire naturelle de Nîmes, auxquelles participent un nombre croissant de botanistes amateurs ou avertis. Après une visite d’exploration menée en matinée, les après-midis sont consacrés à la saisie bénévole sur le site Tela-Botanica. Cette analyse témoigne de la forte présence de la pariétaire de Judée, du laiteron des maraichers et de l’Oxalis corniculata à Nîmes. Les plantes dépendantes des insectes pour leur reproduction sont mieux repérées car plus visibles. En règle générale, les plantes des trottoirs sont plus nombreuses à proximité des espaces verts même petits.

« Nous participons à toutes les visites sauvages de ma rue organisées par le Muséum. Chaque saison, les plantes sont différentes. Cela permet de les identifier ensuite. Même si on retrouve souvent les plantes les plus courantes, on apprend toujours quelque chose.

Ces herbes ne sont pas mauvaises comme l’indique leur nom, elles ont leur utilité. Il faut les respecter, éviter de les cueillir, tout en régulant leur présence parfois envahissante, c’est une question d’équilibre. »

Serge et Marie

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« Le besoin de nature et d’espaces verts exprimé par les citoyens aujourd’hui est associé à une attente de bien-être. C’est ce que montrent clairement les études : que ce soit au bureau, à l’hôpital, dans la rue, la végétation est perçue comme améliorant la qualité de vie.

Notre master est unique en France et forme des psychologues sociaux et environnementaux qui trouvent des débouchés dans les secteurs de l’urbanisme ou de l’environnement. »

Elsa Causse
professeur en psychologie sociale à l’université d’Unîmes et chargée de mission développement durable pour l’université de Nîmes, accompagnant le jardin partagé de l’université.

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Le saviez-vous ?

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L’usage de désherbant et produits chimiques est également interdit aussi dans les jardins privés depuis le 1er janvier 2019.

SEMER LA FLORE DE GARRIGUE. À l’initiative du comité de quartier de Ventabren et de Gilbert Martin, paysagiste, les habitants des chemins de Ventabren, de la Guinguette Laugier et de la rue Dubois ont semé en 2017 et 2018 des graines de variétés de garrigue sur les abords de ces chemins. Objectif : recréer un éco-système endogène et fleurir les lieux publics. Pari réussi puisque ce printemps, les fleurs ont repoussé sans aucune intervention.

UN DÉSHERBAGE SANS PRODUIT CHIMIQUE. La Ville a recours au désherbage thermique, manuel ou mécanique depuis quatre ans. Le service Cadre de vie s’efforce de désherber partout quatre fois par an, malgré le peu de tolérance de la population vis-à-vis des herbes folles.

À VENTABREN, les herbes folles semées par les habitants sur les chemins font prospérer les butineurs.

SUITE DU DOSSIER

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